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« Des médias en démocratie : Les défis de l’information et de la formation»

Lundi 9 Septembre 2013

Rencontre internationale des écoles francophones de journalisme
 
 
« Des médias en démocratie : Les défis de l’information et de la formation»
 
Dakar les 23 et 24 septembre 2013
 
 
 
I / ARGUMENTAIRE
 
Au début des années 1990, l’Afrique a connu son « printemps politique » consécutivement à des facteurs exogènes – effondrement de l’URSS, chute du Mur de Berlin, Discours de la Baule, exigence des bailleurs de fonds – et endogènes. Cette nouvelle ère est marquée par une explosion des titres. Elle consacre la fin du monopole de l’État dans le domaine des médias et la confiscation des libertés par les pouvoirs centraux. Les médias considérés pendant longtemps comme des « agents de développement » conformément aux théories de la modernisation qui ont fait florès dans les années 1970-1980, se posent en véritables contrepouvoirs. Ils ont particulièrement contribué à l’élargissement des espaces de débats et remis en cause  les modes de légitimation du pouvoir central en dévoilant les mensonges de celui-ci par la production d’un discours critique. 
 
Cette libéralisation a favorisé la mise en place de nouveaux cadres réglementaires. De nouveaux textes portent ainsi sur le statut du journaliste, réaffirment la liberté de la presse et organisent des dispositifs institutionnels pour réguler un paysage médiatique devenu pluraliste. De même, des organes d’autorégulation voient le jour pour assurer la défense et la sécurité du journaliste, le respect de la liberté de la presse et l’observance des principes éthiques et des règles déontologiques.
 
Face à un contexte économique morose avec les effets des politiques d’austérité, des difficultés structurelles, un personnel souvent sans formation, les médias ont rapidement montré leurs limites. De nombreux chefs d’accusation sont portés contre les journalistes : atteinte à la vie privée et à la présomption d’innocence, multiplicité des inexactitudes, incapacité à fournir des informations fiables, recherche du spectaculaire ou du sensationnel, dérapages déontologiques et implication dans les luttes politiques et économiques.
 
La situation s’est complexifiée à cause du brouillage des frontières entre l’information, la communication et le divertissement,  le succès de l’internet, du Web 2.0, du téléphone portable, des blogs et la remise en question de l’autorité du journaliste eu égard à l’émergence du journalisme citoyen. 
 
II / OBJECTIFS
 
En raison de ces bouleversements survenus dans les médias, la rencontre internationale de Dakar se veut comme cadre d’une réflexion critique sur la finalité de l’information, les pratiques actuelles en journalisme, les exigences de la responsabilité sociale des médias et la formation.
 
Quel rôle la formation peut-elle jouer pour l’avènement d’un journalisme véritable au service de la démocratie ? Comment la formation peut-elle contribuer à l’observance des principes éthiques et des règles déontologiques ? Quels modèles de régulation et d’autorégulation des médias pour éviter les dérives ? Comment ces questions ont été réglées dans les pays francophones du Nord ?
 
Il s’agira, en partant de la diversité des expériences médiatiques dans l’espace francophone, de favoriser des échanges entre enseignants-chercheurs du Sud et ceux du Nord d’une part, entre le patronat de presse, les syndicats de journalistes et les universitaires travaillant sur les problématiques en relation avec les évolutions du journalisme et les défis de la formation.
 
III / AXES DE RÉFLEXION
 
Les réflexions seront adossées aux axes suivants :
 
Axe 1 : Quelles formations au journalisme ?
 
Le contexte médiatique, dans un monde globalisé, est marqué par de grands bouleversements. La triple alliance des médias, de l’informatique et des télécommunications, c’est-à-dire l’association entre ceux qui détiennent les contenus et ceux qui contrôlent la quincaillerie, a entraîné la mise sous tutelle des médias par les marchands, les politiques et d’autres institutions. Ces différents pouvoirs développent des stratégies de manipulation, de séduction, de coercition voire de « coer-séduction ». La production de l’information cesse donc d’être le monopole du journaliste, qui voit son champ parasité par ces différents acteurs. Ce que illustre d’ailleurs la notion d’agenda building. Cela a pour conséquence une profonde modification dans les pratiques professionnelles et des bouleversements dans la fabrication. Il s’y ajoute une approche « people » dans le traitement des informations, la prédominance du fait-divers et l’émergence des experts et des intellectuels, dont certains en quête de visibilité et de reconnaissance pèsent dans le débat public. L’enseignement du journalisme doit s’adapter à son environnement, à ses responsabilités, en prenant en compte les transformations qui interpellent le métier. Dans ce contexte de complexité des enjeux, quels types de formation doit-on offrir ? Comment faire pour inculquer aux étudiants une prise en compte nécessaire de leurs futures responsabilités, les amener à s’intéresser à la crédibilité, à la pertinence et à l’acceptabilité d’une information. La question de la formation semble primordiale parce que sans les compétences et le savoir faire requis, les aspirants au métier de journaliste ne seront pas en mesure de jouer pleinement leur rôle de garant de l’intérêt général et ainsi, contribuer de façon efficace à l’avènement et à la consolidation de la démocratie.
 
Axe 2 : Quels modèles de régulation et d’autorégulation des médias ?
 
La démocratisation accompagnée d’une libéralisation du paysage médiatique a permis aux médias d’assumer leur « rôle citoyen ». Les textes juridiques sur les médias ont été revus pour s’adapter au nouveau contexte politique : liberté d’expression, pluralité des opinions, multiplicité des médias.  Dans ce contexte nouveau, la mise en place d’organes de régulation et d’autorégulation procède de la volonté des États et des acteurs concernés de se doter d’instruments à même de garantir la liberté de la presse, le droit à l’information et la pluralité des médias. Pourtant, les médias n’ont pas bonne presse. Autant l’engouement était débordant, autant le désenchantement paraît grand au regard des effets pervers produits par le pluralisme médiatique et les violations fréquentes des principes qui régissent le fonctionnement des médias. Le mercantilisme, le sensationnalisme, le spectaculaire, la transgression des règles éthiques et déontologiques ont poussé les médias à des excès.
 
L’analyse des dispositif de régulation et d’autorégulation révèle des insuffisances structurelles et fonctionnelles d’où la nécessité de réfléchir sur l’encadrement « juridique » adéquat à même de redéfinir la responsabilité sociale des médias. Les dysfonctionnements de ces dispositifs qui sont souvent des instruments de veille par à-coup, trouvent leur origine dans le déficit de légitimité - les médias soupçonnant ces instances d’être le bras séculier des régimes en place - le manque d’efficacité illustré par des moyens de pression faibles et l’absence d’autonomie financière pour mener à bien leur mission. Il faudrait, par conséquent, un réajustement de l’environnement médiatique et des modèles pour que les professionnels des médias puissent pleinement s’approprier, dans la pratique, de l’idée d’un journalisme au service de la démocratie.
 
 
Axe 3 : Principes éthiques et règles déontologiques.
 
Les médias font l’objet de nombreuses accusations en raison de certaines pratiques dans le traitement de l’information et souvent de leur connivence avec certains pouvoirs sans compter les effets néfastes d’une approche people.  Les journalistes doivent observer scrupuleusement le respect des principes éthiques et des règles déontologiques afin de gagner en légitimité, de produire et de diffuser des informations crédibles. L’obligation pour le journaliste de rendre compte à la société et la notion de responsabilité sociale des médias sont des idées importantes. Elles doivent permettre, face aux dérives des médias, de trouver des réponses adaptées à chaque conscience, à chaque expérience et à chaque contexte. En outre, la presse en ligne est en pleine expansion et interpelle les acteurs des médias sur la nécessité d’une législation régissant la création et le fonctionnement de ces « nouveaux » médias. Il serait également intéressant de voir comment les professionnels des médias cherchent à faire face aux violations des principes éthiques et des règles déontologiques Au-delà des réactions intrinsèques des journalistes et des entreprises de presse, il sera fait l’état des lieux du rôle des organisations professionnelles pour faire garantir le respect de l’éthique et de la déontologie.
Pascal GUENEE


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